Les echos du projet de L’île-Saint-Denis

AU MENU : Equipe projet et connexions d’un autre genre // Réemploi, plus d’intelligence moins de matièreVers une nouvelle forme de patrimoine //  L’île-saint-Denis une v’île en transition (Ecoutez ses habitants !)

 

Les Hommes et Femmes du Projet 

22 décembre 2014   Le groupe d’habitants rend son «  carnet de bord de l’immeuble » , il s’agit du programme-ADN du vivre ensemble, co-construit lors d’ateliers d’intelligence collective et de travail itératif avec l’équipe projet.

Avril 2015  dépôt de dossier de demande de permis de construire.


HABITAT PARTICIPATIF : VERS UNE NOUVELLE FORME DE PATRIMOINE(1)

De toute son histoire récente, l’immobilier marchand classique n’a cessé d’entretenir des considérations patrimoniales attentistes(2) et déséquilibrées entre les logements d’un même immeuble. 

Dans l’habitat participatif le patrimoine est plus lissé, immatériel, car incarné par le vivre ensemble, le fondement même de la démarche participative. 

Rétrospectives et explications. Rabia Enckell

Immobilier classique et valeurs patrimoniales

A l’époque d’Haussmann, le rez-de-chaussée et le premier niveau, faciles d’accès,  incarnaient la strate noble et bourgeoise de l’immeuble. L’élévation dans l’immeuble allait de pair avec la baisse du rang social, jusqu’au dernier étage voué à loger les « domestiques ».

Presque 100 ans après, l’ascenseur fait son entrée ; d’abord comme un équipement de luxe puis très vite comme un équipement courant de desserte verticale. L’ascenceur libère les hauteurs des immeubles et inverse la courbe de la valeur patrimoniale : celle-ci s’installera dans les derniers étages : « plus loin de la rue, mieux éclairés » . La promotion immobilière trouve, à travers cette règle, son modèle économique. La production de logements s’intensifie. Les immeubles sont plus hauts et plus denses.

A Paris – et dans les grandes villes françaises ayant reproduit le modèle urbain Haussmannien – s’installe une  règle marchande très précise, reprise par tous : « plus cher à partir des cimes des platanes », soit à partir du 3ème étage.

L’immobilier neuf hérite de cette règle «  plus c’est haut plus c’est cher » et d’ajouter «  Il en sera de même à la revente ! ». Professionnels comme habitants, nous avons appris à entretenir cette règle en toute normalité. Ces logements en hauteur ont-ils coûté plus cher à la construction, proposent-ils un mode d’habiter plus adapté, plus recherché…de nature à justifier une plus grande valeur matérielle ?

Que nenni !

Si l’on peut discréditer le caractère totalement surfait de cette norme, on peut surtout déplorer son impact sur la programmation et la production de logements, en général. Avec une telle règle de construction des prix de vente, il n’est nullement besoin de pallier aux insuffisances programmatiques d’un rez-de-chaussée obscur,  d’un voisinage bruyant ou de la proximité d’une source de pollution. Un jeu de « décote – surcote »  constitue, assez souvent,  la réponse à de telles situations.

Immeuble participatif : tous les voisins possèdent le même patrimoine incarné par la qualité de vie à bord

Qu’il aboutisse à une coopérative d’habitants ou à une copropriété, l’habitat participatif installe, par définition, un rapport plus sain à l’immobilier : La démarche est non seulement une façon d’accéder à un toit mais est, aussi, un moyen de s’ancrer dans un groupe et de porter un vivre ensemble.

La patrimoine est ici essentiellement humain et sociétal et s’installe bien avant les « murs ».

Dans les coopératives d’habitants, la réponse est radicale. Le « prix d’un logement » ne fait même plus référence. La propriété individuelle s’efface totalement au profit d’une nouvelle forme de propriété collective.

Pour les copropriétés issues d’un processus participatif, le groupe d’habitants fabrique avec équité et responsabilité son mode de co-vivre dans l’immeuble et le mode d’habiter de chacun. Le groupe ne peut admettre ou passer outre une situation d’inconfort.

Philosophiquement, ceci serait antinomique à la démarche.

Techniquement, la pluralité des compétences et des centres d’intérêts, la diversité des parcours résidentiels, au sein d’un même groupe de futurs habitants, le rendent en capacité de se projeter dans chaque coin et recoin de l’immeuble, de détecter les imperfections et d’orienter sa programmation en fonction.

L’immeuble ne comprend pas de « zones » accessibles à seulement une partie du groupe. Le choix est réel, apaisé, sain et se fait sur la base de modes d’habiter, uniquement. Définir son espace de vie requiert de l’enthousiasme : une disponibilité du coeur et de la raison. Le système de surcote-décote désenchante totalement cette étape capitale, propre à chacun.

Prenons l’exemple de L’Arche-en L’île, l’habitat participatif de L’île-Saint-Denis : Les familles payent le même prix au m2 habitable (3) et supportent la même quote-part des espaces partagés construits (4), ce sans considération d’étages, de taille des ménages ou que sais-je... Les ménages choisissent réellement où se situer dans l’immeuble sur la base de l’esquisse de l’architecte.

Appuyé par la démarche du groupe et par l’option d’un prix unique, chaque foyer choisit réellement son logement. Collectivement, nous avons pointé les situations les « moins confortables » et y avons apporté, avec le concours de l’architecte du projet, des solutions correctives :

1- Un système de desserte par coursives offre la même orientation bioclimatique à tous les appartements, y compris pour les plus petits.

2- Le rez-de-chaussé accueillant les espaces partagés majeurs, ceux-ci sont éloignés des appartements privatifs afin d’éviter toute situation de gène acoustique.

3- Une « bande » privative de 2m de largeur sépare la rue piétonne de la façade du rez-de-chaussée.

4- Le Rez-de-chaussée et le premier étage offrent une hauteur libre sous plafond de 3,5m,  soit 1 m de plus que les étages courants, ce afin d’y assurer un accès optimal à la lumière naturelle, y compris pendant l’hiver.

Et pour conclure, il me semble capital de rappeler que  les candidats à un habitat groupé sont assez souvent conscients de la probabilité de devoir revendre un jour leur appartement mais ne s’y projettent pas comme un objectif ou une fatalité dans leur parcours résidentiel. Pensé pour accompagner les évènements de la vie, l’immeuble (5) offre une élasticité spatiale en réponse à l’évolution des cellules familiales. Celles-ci pourront, si elle le souhaitent, se maintenir dans l’immeuble.

En cas de revente, les nouveaux arrivants sont assez souvent cooptés par le groupe d’habitants. Le prix de vente ( hors contexte de cession de parts pour les coopératives) s’aligne sur le prix de référence du quartier mais n’intègre pas d’autres critères.

L’aspect habitat groupé, le vivre ensemble dans l’immeuble, la rencontre en amont avec les voisins, l’accès aux espaces et usages partagés suffisent à caractériser le logement.

(1) : Apparue au 12e siècle, la notion de « patrimoine » (du latin patrimoniumhéritage du père) se définit comme l’ensemble des biens hérités de la famille. Depuis les années 90, plusieurs sociétés et collectifs militent pour la reconnaissance de patrimoines immatériels ( culturels, sociétaux, humains…)

(2) : attitude qui consiste à refuser l’initiative et à se déterminer selon les circonstances

(3) : 3450 euros TTC/m2 habitable

(4) : 3m2 par foyer, toutes tailles de foyers confondues.

(5) : Le procédé constructif – ossature bois – permet aux appartements de s’agrandir entre eux. Le lien de voisinage et le règlement de copropriété rendent ceci envisageable dans le temps.

 

 

RE-EMPLOI 

Le projet de l’éCOhabitat groupé  de L’île-saint-Denis comprend un volet Réemploi (réutilisation de matériaux issus de la déconstruction) appelé aussi UP-Cycling.

Pour en savoir plus sur ce sujet: Exposition Matière Grise au Pavillon de l’Arsenal : du 26 sept. au 4 jan. : 75 projets montrent les potentialités du réemploi dans la construction neuve. L’écoquartier fluvial de L’île-Saint-Denis ouvre la voie : Plus de savoir-faire humain, moins de matière première.

ou écoutez Julien Benoît de Bellastock en parler depuis le site ActLab :  ICI

Source : Web-documenrtaire La Fabrique Alternative d’une Ville www.fa-v.com

 

L’île-saint-Denis, une v’île en transition ( 1/50)

Ecoutez AWA, habitante sur L’île et membre actif de l’association « Femmes de L’île » en parler ICI  // Extrait Web-documenrtaire La Fabrique Alternative d’une Ville ( La FAV).

Le web-documentaire  La FAV explore deux communes importantes du 9cube : Saint-Denis (plus de 100 000 habitants) et L’île Saint-Denis (7000 habitants) et propose, pour cela, plusieurs niveaux de lectures :

– Le premier  ; donner la parole aux habitants.  Les sujets abordés balaient nos enjeux contemporains : Le Patrimoine, Modes de vies, Nature, Culture et offre une ouverture sur l’avenir- une vision des possibles à l’échelle de l’implication citoyenne à court et moyen terme, des questionnements sur le devenir de ce territoire en pleine mutation.

– Le second niveau ;  offre plusieurs « dézoommages » sur le territoire. Portés par des professionnels – dits « experts » de la cité, des urbanistes… Deux échelles ont été retenues, celle du quartier et celle du Grand Territoire.

– La FAV croise ainsi des regards sur les transformations de la ville. C’est aussi une manière d’« exposer » à la parole des habitants les travaux d’urbanistes et d’aménageurs.