Témoignages, humeurs et opinions

Ma réponse quand on m'affirme que l’habitat participatif a du mal à s’imposer en France comme une véritable alternative à l’habitat classique !?

Je ne suis pas sûre de la justesse d’un tel constat.

Que voudrions-nous dire par habitat classique : pointons-nous l’habitat standard, l’habitus, les montages (VEFA, Accession sociale PSLA, …), les acteurs professionnels habituels ? …

Je ne pense pas que les outils, les mouvements s’opposent… En tout cas, ça n’est pas ma vision des choses ni ce que je relève sur le terrain. Je pense qu’ENSEMBLE, ils créent une alternative qui connecte les milieux, les deux mouvements pour un troisième, hybride, de nature à devenir réellement une 3ème voie. Le mouvement de l’habitat participatif grand public interroge fortement et positivement les outils de la production classique assimilée à une chaîne de production déconnectée des besoins réels et manquant de transparence.

 

L'habitat groupé et participatif est un moyen pour faire ville, un outil d'ancrage des néo-habitants ; 
L’arche en L’île, le 7 juin 2016 à 23h, une membre du groupe et habitante de L’île-Saint-Denis, écrit à ses futurs voisins liés par le projet depuis plus de 2ans : « Je suis assez choquée depuis hier suite au terrible incendie qui a eu lieu à Saint-Denis* à côte du Théâtre Gérard Philippe <…>. C’est d’autant plus dur qu’avec M. (une autre habitante) et J. , nous étions au théatre juste à côté <…>. A part ça, la Seine commence à descendre… C’était impressionnant de voir les péniches avec les passerelles presque à la verticale, les accès à la Seine condamnés ; le chantier naval a beaucoup souffert,  le petit port de Villeneuve était submergé et impressionnant de voir le courant très fort et la Seine qui charrie branches et toutes sortes de matériaux…  Mais dans la parc, ce matin , c’était un incroyable concert de chants d’oiseaux et les lapins recommencent leur galipette.
C’était une tranche de vie de notre île…
Le 1er dimanche de juillet,  pensez à la fête  au parc ;  s’il fait beau,  c’est très agréable avec apéro offert. J’ai fait également un petit tour ce matin dans le chantier (de l’éco-quartier fluvial) et ça pousse. »

* le 6 juin 2016, un incendie spectaculaire a touché un immeuble à Saint-denis ôtant la vie à 5 habitants et blessant une dizaine de personnes dont des pompiers.

 

Pourquoi, l'habitat participatif et groupé est avant tout un espace pour se ressourcer humainement ;

Au moment où la morosité reigne à nouveau suite aux attentas perpétrés, encore une fois lâchement, à Bruxelles cette fois-ci ;

au moment où nous nous retrouvons tous, encore une fois, déboussolés par tant de haine, par tant d’inhumanité ;

un membre d’un groupe d’habitants s’adresse à ses futurs voisins, spontanément,  au lendemain des attentats, pour écrire ceci :

« Bonjour futurs voisins,

Je souhaitais juste vous dire que j’étais (avec ma famille) très heureux (de plus en plus) de pouvoir participer à ce projet (…) Je suis aussi (de plus en plus) convaincu que l’on va arriver à « construire » (en vrai et symboliquement) de très belles choses…

Faites attention à vous et bonne journée » 

 

La crise ...une aubaine pour faire autrement

Carmen Santana, une amie et architecte chilienne établie en Catalogne (agence Archikubik) revendique assez souvent « A Barcelone, nous avons de la chance ! La crise est installée depuis presque 15ans. ça fait longtemps que nous  expérimentons le  faire autrement ».

La ville de Barcelone déroule en effet, depuis fort longtemps, des modes opératoires souples,  alliant acteurs publics et privés, pour fixer les petites entreprises, les initiatives locales coopératives et  associatives ou encore les travailleurs indépendants. Plusieurs quartiers centraux de la ville offrent aux entreprises ce qu’il convient d’appeler des «  possibilités de survivance ». Plusieurs  formes spatiales innovantes ont pu émerger ;  du micro-commerce au logement-bureau en passant par les espaces partagés. Plusieurs initiatives « bottom-up » portées par des groupes d’individus ont ainsi pu voir le jour et existent depuis 15 ans tel que l’immeuble @kubik ; un immeuble,  à cheval entre «  l’équipement urbain », par la richesse de ses intéractions avec la ville,  et l’immeuble de co-working, par les modes de travailler qu’il permet. Fondé par un groupe d’architectes dont Carmen Santana, @kubik accueille  plus de 40 entités économiques aux profils professionnels très variés.

Rabia E.

 

Voici votre "Cabinet de courtoisie" !

Le propos est celui de Jean Jacques TERRIN , architecte et chercheur associé au Lab’urba, lors d’une intervention sur le thème des « Projets participatifs et partagés ».

Jean Jacques Terrin nous invite, avant de lancer le travail de co-conception,  à débuter par une valorisation des acquis et des espaces de représentation de chacun des membres participants. Il appelle ceci la nécessaire mise en place d’un « cabinet de courtoisie ». Plus qu’une étape 0,  le « cabinet de courtoisie » nous a été présenté  comme un ESPACE physique et un TEMPS humain,  hors «  cycle projet » ; où les expériences des experts,  profanes et artistes,  sont redéployées et également exprimées sous la forme de collage, de mots, d’images, de couleurs, de bruits…

Impulsé  par l’accompagnateur du projet, le cabinet de courtoisie est le support de l’ expression d’une démarche empathique et généreuse. Centré sur les Hommes, et non sur leurs statuts, le cabinet de courtoisie devient un  outil ad hoc pour la mise en place de passerelles culturelles entre les individus.

Rabia E.

 

Les lieux de vie participatifs

Qu’ils soient « fabrique de culture (1) », « Incubateur de Startups (2) » ou « Habitat groupé (3) » , ces lieux de vie participatifs ont ce point en commun: ne constituer ni un « idéal » ni « une alternative », mais une remarquable capacité à:

–  s’inscrire individuellement et pleinement dans une base sociale: LE GROUPE

–  déjouer les contraintes urbaines et économiques

–  faire émerger un projet à partir d’usages et de vécus.

–  porter collectivement et fabriquer de l’En-commun.

Ces lieux ne sont jamais en confrontation avec la ville. Bien au contraire, leur installation prend un sens à travers des échanges continus avec la ville:  Les espaces et les Hommes en deviennent « Ressources ». Ils y maintiennent aménités et  diversité et augmentent ses performances économiques.

Rabia E

(1)  6b à Saint Denis, 6bis à Vitry-Sur-Seine, la blanchisserie à Ivry-Sur-Seine…

(2) Creative- valley  à Kremlin-Bicêtre

(3) La Fonderie à Vanves…

 

Quel est le vecteur réel de stabilité sociale et morale dans l’habitat?  

Le poids des loyers sur les revenus des ménages les plus modestes ainsi que les conditions discriminatoires qui régissent l’accès à un logement décent rendent plus rassurant de « posséder » son logement. Il en découle, en effet, la sensation de mieux maîtriser sa destinée en se constituant un patrimoine bâti. Le statut classique du copropriétaire est-il pour autant réellement un « élément de stabilité sociale et morale” ? Se loger entre des murs dont on a la propriété suffit-il pour « habiter » ?  Habiter c’est s’inscrire dans des liens durables, un imaginaire commun. C’est, également, pouvoir exprimer des valeurs esthétiques, de partage et d’usages qui font sens.  

Sans considération du statut de l’occupation, la communauté habitante peut répondre à ces enjeux. Encore faut-il cependant que cette communauté habitante se constitue en amont du projet résidentiel : construire des liens pour construire des espaces à co-vivre.  La « production » immobilière classique génère, sans surprise, une population habitante « captive » du moins mauvais compromis, entre « l’emplacement » (situation géographique) et sa capacité de financement. Nous sommes loin du groupe d’habitants partisan, conscient de son pouvoir d’agir ensemble et d’installer des liens de solidarité, ou encore d’œuvrer pour la valeur servicielle des biens (mutualisation et partage). Si le premier modèle, omnipotent, fait de l’acte de « posséder ses murs » une finalité ou le voisin est une donnée incontournable, subie, le second modèle de l’habitat groupé et participatif en fait un moyen pour installer une haute qualité de vivre ensemble. Le modèle juridique et économique devient un outil pour incarner une conception partagée du vivre ensemble. Il est au service d’une situation humaine, foncière et financière. Peu importe, que l’on soit copropriétaire, sociétaire ou détenteur de parts d’une SCI par attribution dans la mesure où chacun de ces statuts permet l’expression des valeurs et des engagements qui régissent le groupe.

Rabia E.

 

La participation, c’est choisir d'introduire une part de poésie !

Emile AILLAUD (architecte français, 1902 – 1988) a fait du logement social un engagement et s’est opposé aux principes de la Charte d’Athènes (et a donc osé s’opposer à la ville fonctionnelle du Corbusier). Ses réalisations tentent d’introduire d’autres valeurs que celles fonctionnelles…à travers des préoccupations humaines et sensibles. Il aurait dit: « Ce n’est pas mon travail d’augmenter le SMIC des gens qui vont habiter – chez moi – mais ce que je peux faire c’est y mettre de la poesie ».

Promoteur de courtoisie urbaine ambitionne, en toute humilité, de mettre de la poésie dès le stade de programmation en impliquant les Hommes, en insufflant l’envie de faire groupe.

Rabia E.